Ces 3 jours là !

3 jours d’une vie… 3 jours qui ont changé ma vie, qui m’ont changé, 3 jours de cauchemars… les raconter… pour expliquer, pour aider à comprendre ce qu’on vit dans ces moments là…

Tout a débuté quelques jours avant. Je suis hospitalisée depuis 4 jours pour rupture prématurée de la poche des eaux à 23 sa + 3… 4 jours de montagnes russes, passant de la peur, au profond désespoir, à l’espoir fou qu’on pourrait s’en sortir… Une journée de répit, la joie de voir ma fille après 3 jours d’enfer, un moment de monito avec le bonheur infini d’entendre son cœur battre la chamade… 150bpm… la plus belle musique au monde ! Nous sommes le 10 décembre !

Rassuré par tout cela, mon chéri rentrera dormir à la maison après 3 jours à dormir sur une couchette ou un fauteil. Il a besoin de souffler un peu… rien qu’un peu

Et les 3 jours commencent…

11 décembre, le jour où le monde a basculé

Aujourd’hui est un grand jour, nous passons la barre des 24 SA, j’ai eu les deux injections de corticoïdes… et j’ai le cœur léger.

La SF arrive vers 11h, pour le monito du matin. J’ai le sourire, la veille, j’avais tellement aimé entendre son petit cœur battre, je suis détendue.

Elle installe les capteurs, mais rien… elle bouge les capteurs, ça avait déjà fait ça la veille, elle avait du le chercher un peu… mais là, ça dure un peu plus longtemps. On entend bien un battement au loin, mais ce sont les battements de mon cœur, pas le sien.

Sur le coup, je ne m’inquiète pas. Je ne prend pas garde à son changement d’attitude, elle bouge les capteurs, plusieurs fois, les repositionne… en haut, en bas de mon ventre… et Rien…

Au bout d’un moment, elle me dit qu’elle n’arrive pas à trouver le cœur. Elle va chercher l’interne pour faire une écho. La jeune M. arrive vite, avec l’appareil d’écho portatif. Le fait qu’elle soit venue si vite aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Elle me prépare : le papier de protection sur le bas ventre, le gel, elle me cache l’écran. Sur le moment je ne m’en rend pas compte… elle place la sonde, elle cherche aussi, elle fait le tour… ne dit rien. Elle est concentrée.

De mon côté, je suis dans l’attente… je ne vois pas venir les choses, ou alors j’occulte… mon esprit refuse de penser à l’impensable !

Et là, la phrase… le verdict tombe : « Je suis désolé, je ne vois plus d’activité cardiaque » !

Mon esprit bugge… Elle m’annonce qu’elle va chercher le médecin. Je me dit qu’elle est jeune et peut-être pas très expérimenté (elle n’est que interne… dans ces moments là, on s’accroche à ce qu’on peut). Le médecin arrive, elle aussi très, trop rapidement pour que ça soit un hasard.

Elle reprend l’appareil d’écho, je ne vois toujours pas l’écran, elle passe la sonde sur mon ventre, je me dit qu’il doit se cacher… ce n’est pas possible.

Et à nouveau, le même verdict, presque la même phrase : « Je suis navrée, Madame, le cœur de votre bébé s’est arrêté ».

Arrêt sur image… que vient-elle de dire ? Non… ce n’est pas possible. La SF me prend la main, les larmes coulent toutes seules. Les regards sont désolés et pleins de compassion. Elles me demandent où est mon mari… il est à la maison. Il faut le prévenir, vous voulez le faire ? Nous pouvons l’appeler pour vous si vous voulez, lui dire de venir sans lui dire pourquoi. Dans ma tête, c’est le flou totale. Que dois-je faire ?… les laisser l’appeler, ai-je le courage de prendre mon téléphone pour lui annoncer, lui dire de revenir… A cet instant, je ne sais pas… je ne sais plus rien… Si… je sais juste une chose : mon LittleA n’est plus. Son cœur s’est arrêté, mon cœur s’est arrêté…

Elles me laissent seule un instant… le temps que je reprenne mes esprits et que je décide. Je les laisserai bien l’appeler, mais je sais ce qu’il va se passer… Il va s’inquiéter, si elles ne lui disent pas pourquoi il doit revenir, il va imaginer le pire… Mais le pire est en train d’arriver… Je le connais, il va être tellement inquiet, qu’il va se mettre en danger sur la route et on n’a pas besoin de ça ! Je prend mon courage à 2 mains et mon téléphone, je compose le numéro, j’entends sa voix… je ne me rappelle plus ce que j’ai dit… J’ai fondu en larme, j’ai dit « il n’y a plus de cœur »… ou alors « il est mort »… je ne sais plus ! Je pleure, lui aussi… pourquoi ne peut-il pas se téléporter jusqu’à moi… Je suis seule dans cette chambre, je pleure au téléphone en annonçant la mort de notre fils… Je lui dit de venir, j’ai besoin de lui… viscéralement, j’ai peur. Je sais ce qui nous attend, mais quand et comment… la grande inconnue !

Il me dit qu’il part, je lui demande d’être prudent… Il ne se passera rien sans lui. On raccroche.

La SF revient, avec son regard plein de compassion/tristesse/pitié. Je lui dit que j’ai appelé mon mari, qu’il arrive. Elle m’explique succinctement ce qu’il va se passer mais qu’on verra les détails quand mon mari sera là.

Vers midi, je suis encore seule. J’essaie de joindre ma meilleure amie, L. J’appelle d’abord, mais comme elle répond pas, j’envoie un message. Elle n’est pas dispo, elle me dit quand je peux appeler. Quelques instants après, je l’appelle, je ne me souviens pas du tout de ce qu’on s’est dit. J’ai retrouvé les messages échangés ensuite. Elle s’est chargé de prévenir une partie de nos amis… Moi, je préviens d’autres amis. J’appelle mes parents qui sont avec TiteN chez Flunch. Au premier appel, je ne pourrais rien leur dire, elle est avec eux. Ma mère l’emmène aux toilettes, mon père me rappelle. Je lui annonce. Ils me diront après qu’ils l’ont laissé aller jouer dans les jeux du restaurant et sont restés à pleurer à leur table…

Mon mari arrive, je ne me souviens plus ce qu’il s’est passé, nous avons surement du pleurer. Il me demande si on peut pas avoir un autre avis. Je lui dit qu’en j’en ai déjà eu 2. Il est mort… il n’y a plus de cœur, plus de battement, plus rien.

En parallèle, la famille a été prévenu, les copines de PMA aussi, PtiBichon, Carotte, Zelda sont aussi prévenues. I., La cousine SF de mon mari aussi… Elle est habituée aux protocoles dans ces cas là. Elle bosse en CHU, elle accompagne des couples comme nous et les protocoles sont les mêmes partout en France. Elle sera d’une aide précieuse, d’un soutien infaillible malgré la distance, elle habite sur la côte Ouest de la France… Nous échangerons des centaines de messages durant les 3 jours qui vont suivre et les semaines ensuite…
La Team PMA aussi sera d’un soutien précieux, nos amis aussi… Je me demande vraiment comment on aurait fait sans tout ce soutien, à distance mais tellement proche !

Nous sommes tous les deux, abattus, échangeant des messages avec les uns et les autres… puis S. est arrivée. Elle a tout lâché quand elle a su… Elle a confié ses enfants à sa maman et est venue. Elle a traversé toute la ville, elle est là. Elle me sert dans ses bras, fort… Elle me dit que ça lui rappelle des souvenirs, elle me dit qu’elle est venue parce qu’elle ne pouvait pas ne pas venir, que si on veut qu’elle parte, elle partira… C’est elle que DNLP n’a pas épargné après la naissance de sa 2ème fille. Nous avions nous aussi tout lâché, bravé les heures de visite pour venir quand nous avions su pour Pitchounette ! Elle restera toute l’après-midi avec nous, jusqu’à ce que J-G, le parrain de LittleA, arrive. Elle a été d’un soutien sans nom ce jour là. Elle nous aidera à vivre cette journée et que ça soit plus doux. Nous avons discuté de plein de chose, de sa vision de la vie et de la mort depuis qu’elle a Pitchounette, gravement handicapé…

Le soir arrive. J-G viendra, S. nous laissera. Là aussi, c’est le flou absolu. Je ne sais ni combien de temps il est resté, ni ce que nous nous sommes dit. Mais il était là, nous le chargeons de passer à la maison pour envoyer l’arrêt de travail qui est resté sur la table à la maison, de rapporter notre livret de famille pour y faire inscrire LittleA, de m’apporter des vêtements aussi dans l’espoir que je puisse sortir vite après tout ça. Il partira et nous laissera un peu plus tard.

Nous aborderons le sujet de la sépulture de LittleA avec mon mari. Nous ne voulons pas l’enterrer près de chez nous. Il y sera seul, et je n’aime pas cette idée. Nous aimerions le mettre dans le tombeau dans le sud, auprès de ma jolie Maman. Il y sera bien. Le lieu est beau, serein…

La SF de nuit viendra nous (ré)expliquer ce qui nous attend le lendemain. Ils viendront me chercher vers 8h30, enfin peut-être plus tard. Il y a 4 autres couples qui vont vivre la même chose que nous, le lendemain, et une des dames est diabétique. Elle est prioritaire. Nous demandons des détails sur ce qu’ils vont me donner pour déclencher l’accouchement. PtiBichon et I. m’ont parlé de 2 médicaments possibles.
Je frémis quand la SF me parle de Cytotec… C’est juste hors de questions que j’en prenne, je lui raconte mon expérience du Cytotec pour ma première FC, les effets secondaires, je ne veux pas revivre ça, surtout pas pour LittleA. Elle prend note et me dit qu’elle va voir avec le médecin… Après quelques recherches, on découvre que le Cytotec n’a plus d’autorisation de mise sur le marché pour la gynécologie. Il y a donc aucune chance qu’on me donne ça. Elle m’explique bien tout ce qui va se passer. Elle répond du mieux qu’elle peut aux questions… Elle me donne de l’Atarax pour que je dorme. Il faut que je me repose, demain sera une journée difficile… et elle le sera… vraiment.

12 décembre, le jour où il a fallu accoucher…

J’ai dormi… grâce à l’atarax. On nous réveille vers 6h30. La SF me fait une prise de sang pour contrôler mon hémoglobine. Je crois que j’ai pris une douche. Je suis comme anesthésiée. Je fais les choses mécaniquement. J’attends qu’on vienne me chercher.

Un brancardier arrive. Il est 8h. Je pars en chaise roulante. Avec mon oreiller… lol ! J’ai déjà passé une nuit sur une table d’accouchement 4 jours avant, leurs oreillers sont nuls. Je veux le mien, surtout que je sais pas combien de temps cela va durer.

Nous croisons quelques personnes, le service est silencieux, comme s’il retenait son souffle… comme si tous et toutes savaient ce qui se tramaient pour quelques uns d’entres nous et qu’on voulait nous laisser vivre ça sans heurt !

Couloirs, ascenseurs, j’ai déjà fait ce chemin dans un sens, et dans l’autre, plusieurs fois ces derniers jours… Nous entrons dans la zone des salles de naissance. Le brancardier parcoure le couloir et nous emmène dans la salle que j’ai occupé il y a 4 jours justement. Celle là même où j’ai été sous surveillance une nuit complète, où mon dos m’a fait souffrir le martyre… Hasard ou pas… je ne le saurais jamais.

Une SF entre dans la chambre, elle me dit qu’on se connait, en effet, c’est elle qui était là à notre arrivée aux urgences, elle s’appelle Aurélie, elle nous dit que si on le souhaite, c’est elle qui nous accompagnera aujourd’hui. Elle est d’une grande gentillesse. Avoir quelqu’un que je connais à nos cotés me rassure. Elle nous réexplique comment va se dérouler la journée : la pose de la péridurale, la transfusion (mon hémoglobine est trop basse, ils veulent éviter un accident durant l’accouchement si je perd trop de sang), les comprimés à prendre toutes les 3h… elle nous dit qu’il ne faut pas hésiter à l’appeler dès que nécessaire. elle est là pour nous… on valide ensemble aussi ce qu’il doit se passer après la sortie de notre bébé : est-ce que c’est elle qui devra s’occuper de lui, dans ce cas là, elle s’occupera de moi en priorité, sinon une de ses collègues pourra s’occuper de notre bébé. Je ne veux pas qu’il soit laisser seul, je veux qu’on s’occupe de lui…

Elle m’explique que l’anesthésiste va arriver pour me poser la péridurale, elle a commandé les poches de sang pour la transfusion. L’équipe d’anesthésistes arrivent. On fait sortir mon mari, je suis seule, vulnérable, à moitié nue, le dos exposé pour la pose de la péridurale. Je dois regarder le sol, ne pas me contracter pour qu’il puisse passer l’aiguille au bon endroit… Il a monté la table à sa hauteur, je peux voir dehors. Le jour se lève doucement, il a l’air de faire beau. L’anesthésiste doit s’y reprendre plusieurs fois. Il n’arrive pas à passer le cathéter. Je commence à faire un malaise. Il m’encourage : « courage, il faut que vous teniez encore un peu. » L’infirmière anesthésiste est là… je regarde dehors, je m’accroche à cette image de dehors, le jour à peine levé, le ciel rosé. Il va faire beau, mon fils est mort, je vais devoir accoucher. Je suis morte de trouille !

On m’aide à me rallonger, la tête sur mon oreiller, à moi… Une autre anesthésiste arrive pour me poser un nouveau cathéter pour faire la transfusion sanguine. Les culots viennent d’arriver, ils sont froids, il va falloir le faire passer dans un réchauffeur, une espèce de circuit chauffant pour le sang. Je suis branchée… péridurale OK, j’ai la manette dans les mains pour les injections ! Transfusion en cours ! Mon mari peut revenir.

Aurélie revient, il est 10h26, et me donne mes premiers cachets, du gymeso, ceux qui vont forcer mon corps a avoir des contractions qui vont ouvrir mon col et faire sortir mon bébé… J’en prendrais 2 toutes les 3h jusqu’à ce que les contractions soient suffisantes pour qu’il sorte.

Nos téléphones nous permettrons d’avoir de précieux soutiens de la part de nos amis… PtiBichon, Carotte et Zelda seront présentes toute la journée ainsi que I. Elles seront d’un soutien immense en cette journée terrible…

Les 3 premières heures, ils ne se passera pas grand chose… à 13h36, 2ème prise, je commence à sentir quelques contractions, j’essaie de moduler les injections de la péridurale pour ne pas être totalement anesthésiée. Je peux bouger mes jambes, elles sont engourdies mais je peux encore bouger. C’était important pour moi de ne pas être totalement clouée à cette table et de sentir ce qu’il se passait dans mon corps… après tout je rêvais d’un accouchement physio sans péridurale…

Nous profiterons de cette attente pour prendre les décisions pour les obsèques de LittleA. Mon homme m’avoue qu’il ne supporte pas l’idée qu’il puisse pourrir dans un cercueil. Nous nous décidons donc pour une crémation. Nous parlons de tous les détails : cérémonie religieuse, crémation puis nous l’emmènerons auprès de sa grand-mère dans le caveau à Vaison-la-Romaine. Nous parlons des musiques que nous voudrions entendre aussi. Ça sera du classique : Clair de lune de Debussy, l’Hiver des 4 saisons de Vivaldi et la 7ème de Beethoven… des morceaux qui nous touchent tous les 2…

3 nouvelles heures passent. Mon homme a demandé à voir Aurélie pour des questions sur les obsèques et sur la déclaration de notre bébé… Nous prenons les décisions au fur et à mesure.

3ème prise vers 16h36… tout va s’accélérer à partir de là. A 17h, je ressent quelques grosses contractions et d’un coup, je sens qu’il sort… mon bébé est sorti tout seul, j’ai encore les protections et la culotte jetable. Aurélie n’a pas voulu me les enlever me disant que si c’était elle, elle ne voudrait pas être nue mais du coup il est passé sur le côté, je le sens contre moi et le souvenir de cette sensation ne me quitte pas… on l’appelle, elle arrive très vite avec une de ses collègues, elles coupent le cordon et la 2ème SF part avec mon fils pour s’occuper de lui. Elles nous demandent de confirmer son prénom : ça sera bien Aurel. Aurélie reste avec moi, elle doit s’assurer que le placenta sorte… malheureusement a ce stade de la grossesse, il n’y a aucun capteur et aucune hormone pour la délivrance… elle doit donc intervenir au plus vite pour tenter de le sortir. Ce qu’elle tentera ne fonctionnera pas…

Quelques minutes après que mon bébé soit sorti dans l’intimité la plus totale, la salle se remplit de monde : médecins, anesthésistes, sages-femmes… elles sont une dizaine à s’agiter autour de nous. On installe mes jambes sur les étriers et Aurélie me les attache dessus pour qu’elles ne tombent pas.

Il faut faire un curetage, mon col se referme vitesse grand V et très vite elles ont du mal à passer les instruments. Le placenta ne se détache pas, les anesthésistes m’injectent pleins de produits, on sent que la situation est tendue pour moi, mes constantes sont limites, je m’épuise… Je n’ai qu’une idée en tête : voir mon fils, m’occuper de lui… et elles sont en train de me charcuter les entrailles pour ce fucking placenta dont je n’ai plus rien à foutre. Je veux voir mon fils !!!!

Il doit y avoir 2 gynecos, 2 ou 3 internes, notre SF et 2 ou 3 anesthésistes qui alimentent mes perfs avec des produits pour les douleurs et me maintenir consciente… j’ai la sonde d’écho sur le ventre, je sens les instruments dans mon utérus, j’entends la gynéco les racler quand elle les sort. Je n’ai pas mal mais je ressens tout…

A un moment, les médecins demandent une injection d’un produit et les anesthésistes en cœur ont toutes répondu « ah non ça, c’est pas possible ». On sent que c’est tendu… mais je veux voir mon fils, je suis à bout de nerf, je n’en peux plus, je dis « Vous n’avez pas fini de me faire chier ? »… et là, elles comprennent que je ne supporterais pas la situation encore longtemps.

Une anesthésiste se penche vers moi : « Madame, on y arrive pas. On va vous transférer au bloc pour vous anesthésier complètement, vous ne sentirez plus rien »… en moins de 3 min, la décision est prise, on me transfère au bloc de césarienne et on m’endort pour continuer le curetage.

Je me réveille un certain temps plus tard dans une salle de réveil, j’entends un nouveau né pleurer, ça me déchire le cœur, j’entends aussi les voix de 2 médecins ou sf qui disent qu’elles n’ont pas eu le choix, qu’il y a un problème dans l’autre salle de réveil. Il y a « Là bas » qui passe à la radio… tout pour ajouter à ma peine, cette chanson a été celle pour dire adieu à ma marraine…

Elles me ramèneront très vite dans la salle d’accouchement et je retrouverai mon mari… mes souvenirs sont flous de ces moments, j’étais encore dans le gaz… Mon obsession était que mon fils ne soit pas seul. Je demande à mon homme d’aller le voir, de ne pas le laisser seul. J-G est là, ils y sont allés tous les 2, le temps que moi j’émerge bien.

Je voudrais manger des sushis… Ils se chargent de faire une commande a livrer via Uber Eats ou autre deliveroo…

Ensuite, ça sera mon tour de voir LittleA. La relève a eu lieu, c’est Louise, une autre sf que nous avions croisé aussi à notre arrivée qui a pris le relais. Je lui demande à voir mon fils. Je suis seule dans la salle d’accouchement, je suis dans mon lit, mon homme est parti récupérer la livraison de sushi pour qu’on puisse manger…

Elle m’amène mon tout petit, elle me le dépose dans les bras, il est dans un nid d’ange et a un bonnet tricotés main par une association de mamanges, Lou’Ange… c’est si beau, il est beau… il est si petit aussi, mon ange… j’ouvre le nid d’ange, j’ai besoin de le voir, de voir son corps, ses bras, ses pieds… tout ce qu’une maman normale d’un bébé bien vivant fait… il a les pieds avec de l’encre grise dessus, elles ont fait des empreintes de ses pieds comme souvenirs… il a la peau rouge, apparemment, c’est normal à ce terme. Il y a des petites marques sur sa peau, Louise me dit qu’il commence à s’abîmer. Ça me brise un peu plus le cœur, j’ai tellement peur de la décomposition… je ne veux pas qu’il s’abîme.

Ce moment a été à la fois difficile mais tellement beau… cette rencontre avec mon bébé, mon fils… ce petit corps contre moi… 😔😔😔😔 Je le rend à Louise, le cœur en miette, elle doit l’emmener au funérarium…

On me remontera dans ma chambre à 23h45… mes sushis m’attendent, mon homme et J-G sont là. Béatrice, la sf de la nuit est là. On installe mon lit et je mange mes sushis avec plaisir… Béatrice me dit qu’il faut que je sois à jeun à partir de minuit, car il se peut que le lendemain on doive m’opérer pour le placenta qui est encore là… Fuck… je prend le temps de manger, je n’ai rien mangé depuis 24h… j’ai accouché de mon fils mort… j’ai subi un curetage foiré… j’ai été endormi… j’estime que je peux bien manger mes sushis tranquillement après tout ça !

La nuit se passera plutôt bien. J’écrirais le texte que je lirais lors de la cérémonie durant cette nuit là…

13 décembre, pour bien finir… ou pas

Le lendemain, mon mari repart à la maison prendre une douche et s’occuper des papiers. Je vais pas trop mal, les médecins aimeraient que je passe une IRM pour voir pourquoi le placenta ne s’est pas détaché et décider quoi faire, mais c’est compliqué car les internes sont en grève, il y a moins de personnel, on vient me chercher pour une écho 3d faute d’IRM… on me parle d’embolisation, une technique qui permettra de stopper l’alimentation en sang du placenta qui du coup se nécrosera et partira tout seul… je n’ai qu’une obsession, m’occuper de mon fils, de ses obsèques, je veux voir l’assistante sociale qui a des infos sur ce sujet. Elle me rend visite, on discute un moment… pendant que je mange… elle me donne les infos dont j’ai besoin, je vais pouvoir appeler les pompes funèbres… m’occuper de lui. Je n’ai que ça en tête… prendre soin de lui, comme toutes les mamans, comme je peux, qu’on prenne soin de lui !

Elle me laisse… et tout rebascule en 1h, je perd à nouveau beaucoup de sang… les médecins décident de me transférer au bloc gynéco pour me préparer à l’embolisation. J’ai peur, je suis à bout de nerf, je suis seule, j’échange des sms avec mon mari, il faut qu’il revienne à nouveau en urgence à l’hôpital. Un ami, le parrain de TiteN, qui travaille pas loin de l’hôpital m’envoie un sms, il me propose de venir… je lui explique rapidement par sms ce qu’il se passe, je lui dit que j’ai peur. Il lâche tout et vient jusqu’à l’hôpital au plus vite. Il ne me verra pas car on m’a déjà descendu, dans mon lit et avec mon oreiller, mon précieux oreiller, en urgence au bloc mais sera là à l’arrivée de mon chéri.

Je suis dans une salle de réveil, il faut attendre que le bloc d’embolisation soit dispo, on me met sous surveillance accrue. J’ai peur de ce qu’on va me faire, je perd à nouveau beaucoup de sang… j’ai mal aussi, j’ai des contractions douloureuses. Un médecin un peu indélicat qui n’avait pas vraiment vu mon dossier me dit que c’est sûrement un peu d’appréhension… je vois rouge… je lui dit que j’ai perdu mon fils la veille, que je ne veux qu’une chose c’est m’occuper de mon bébé… alors qu’il me règle vite ce problème que je puisse enterrer mon fils… il est reparti penaud… et bien embêté. Mon mari arrive enfin accompagné de Charlotte, ma si gentille SF qui a été mon ange gardien les 2 premières nuits à l’hôpital.

On m’emmène enfin au bloc d’embolisation. 2 grands bonhommes m’emmènent avec mon lit toujours, je pense qu’ils n’étaient pas brancardier, mais que par manque de personnel, c’est eux qui m’ont emmené. Ce sont eux d’ailleurs qui m’installeront sur la table d’embolisation, l’un deux me met mon oreiller sous la tête. Ils précisent que c’est mon oreiller perso, et qu’il faudra bien me le remettre… Je sais, c’est con cette histoire d’oreiller, mais c’est le seul truc fun, un peu fil rouge dans toute cette merde…

J’aperçois au bout de mes orteils le médecin que j’avais envoyé chier un petit peu plus tôt, il indique au chirurgien que je viens de vivre des moments difficiles et qu’ils vont bien me shooter pour que je ne souffre pas… Et en effet, je suis bien incapable de savoir combien de temps ça a duré et ce qu’ils ont fait exactement. Je sais qu’ils ont du me retransfuser, j’ai entendu dans le brouillard des médocs, le médecin « indélicat » dire que le labo venait d’appeler en urgence, mon hémoglobine était trop basse… mais je n’ai rien vu, rien senti. Je ne sais même pas combien de temps ça a duré. Je sais qu’à un moment, on m’a remise dans mon lit, que j’étais sondé avec un garrot sur mon artère fémorale et impossibilité de me lever. En salle de réveil, j’entends qu’ils veulent me transférer au service gyneco mais Béatrice, ma « petite maman de la nuit » en grossesse patho refuse, elle leur dit qu’elle va me surveiller toute la nuit mais que non, on ne me changera pas de service… les brancardiers me remontent donc dans ma chambre en grossesses patho, je suis branchée de toute part, j’ai une pompe à morphine, et j’aurais plusieurs perf d’antidouleurs dans la nuit. L’embolisation est très douloureuse, je n’ai pas le droit de me lever à cause du garrot, je ne peux pas bouger. La nuit passe, interrompue par Béatrice qui viendra souvent me voir et vérifier que je vais bien. Je suis dans le gaz à cause des médocs…

Voilà… 3 jours de descente aux enfers… 3 jours qui m’ont profondément marqué, blessé, traumatisé. Je sens que je ne serai plus jamais la même après ça…

Mon beau-père et moi…

Mon beau-père et moi, ça a toujours été compliqué. Même quand ma jolie maman était encore de ce monde, j’avais déjà du mal à m’entendre avec lui. Mais elle avait sa manière d’apaiser les choses, de lui faire comprendre qu’il y avait des choses à ne pas dire, à ne pas faire… Elle avait ce pouvoir magique sur lui de lui faire croire que ça venait de lui-même, mais en fait, non. Elle avait cette manière de l’orienter dans la bonne direction, d’apaiser ses angoisses…

Depuis qu’elle nous a quitté, il est en roue libre, plus personne pour calmer le jeu et c’est de plus en plus difficile. Il souffre de l’absence de sa femme, de sa (je cite) « gentille petite femme »… Dieu que ça peut m’exaspérer 😤😤😤 de le voir la réduire à une « gentille petite femme », elle qui était le roc de cette famille, était une force de la nature…

Il a malgré tout trouvé une amie avec qui il semble très heureux, mais bien trop gentille avec lui, à mon goût et surtout elle n’a pas ce pouvoir qu’avait ma jolie maman sur lui… En soit, il peut être sympa, mais d’une maladresse absolue et très très égoïste. Il ne sait pas exprimer ses sentiments et sa douleur, il ne sait pas me parler, il est plein de peur et d’incohérence qui m’exaspère over 9000… 🙄🙄🙄

Mais pourquoi je vous raconte tout cela, êtes vous peut-être en train de vous dire ? 🤔🤔🤔…

Parce que je n’arrive pas à passer au-delà de certaines choses… à oublier les comportements, paroles et actes qui ont eu lieu alors que mon fils venait d’être enterré, que nous étions fragiles, que j’étais fragile et que je le suis encore… et j’ai besoin de l’écrire… peut-être que cela m’aidera. Je vais essayer de raconter et d’extérioriser cette colère.

Après mon accouchement sans pleur de bébé et sans joie, après l’embolisation de mon placenta, j’ai pu sortir de l’hôpital pour enterrer mon fils. Les quelques jours après ma sortie ont été intense. Nous avons retrouvé notre TiteN, il a fallu lui expliquer ce qu’il s’était passé, qu’elle avait un petit frère parti pour les étoiles. Nous avons préparé les funérailles de notre LittleA, finalisé la commande du Père Noël de TiteN, et pour marquer le coup, et malgré tout, acheté quelques spécialités lyonnaises lors d’une échappée d’une après-midi à Lyon, à ceux à qui je n’avais pas eu le temps de préparer un cadeau gourmand (Ben oui… c’était prévu la semaine où tout à basculé).

Le 19 décembre, nous avons pu donner une belle cérémonie à notre fils, il a été incinéré le lendemain et nous l’avons emmené dans le tombeau familial dans le sud aux côtés de ma jolie maman… la mamie des étoiles de TiteN.

Jusque-là, nos proches avaient été corrects. Nos amis ont été au top, mes parents malgré la détresse de ma maman face à la mort de LittleA avaient assuré la garde de TiteN durant les 10 jours où tout a basculé. Mon beau-père s’était à peu près contenu… canalisé par ma jolie soeur, qui elle, s’est révélée douce, attentive, présente, forte (de là à dire qu’elle est bien la fille de sa maman, il n’y a qu’un pas).

Le soir après avoir déposé les cendres de notre LittleA dans le tombeau, à 250km de la maison et donc de l’hôpital, je suis prise de douleurs intenses au ventre, et vraisemblablement j’ai de la fièvre… j’ai mal, vraiment vraiment très très mal. Nous dormons sur place, je passe une nuit horrible, et nous remontons chez nous le lendemain matin après avoir rendu visite au grand-père de mon chéri.

Ce retour a été difficile. Les médocs que j’avais calmaient la douleur mais pas bien longtemps… nous arrivons à la maison, je ne peux même pas aider mon chéri a ranger les valises, je m’écroule sur le canapé, fiévreuse. J’appelle mon médecin, elle me dit que si j’ai de la fièvre, je dois retourner aux urgences. Le temps d’appeler ma jolie sœur pour qu’elle vienne s’occuper de TiteN qui est couchée… nous partons aux urgences de l’hôpital où mon fils est mort, ils ont mon dossier, ils connaissent mon histoire. Je suis hospitalisée pour endométrite, une infection post partum à cause du placenta resté en place.

Ils me font la total : antibiothérapie à haute dose, mise en culture de prélèvement de sang, salive et autres sécrétions corporelles… pour trouver la bactérie qui m’infecte.

Je suis donc hospitalisée le 21 décembre, 4 jours avant Noël, il leur faudra 4 jours pour être sur de ce que j’ai, me remonter et pour que je rentre chez-moi, enfin, le jour de Noël.

C’est à partir de ce moment-là que mon beau-père a commencé à péter son string…

Durant ces 4 jours d’hospitalisation, mon chéri a pu avoir l’aide de ma jolie sœur pour gérer TiteN… ils se sont relayés avec mon beau-père pour accompagner mon chéri et TiteN me voir à l’hôpital. Un jour c’était mon beau-père, un autre ma jolie soeur. Autant les moments avec ma jolie furent des instants magiques… imaginez vous qu’elle a fait mine qu’un cheval était rentré dans ma chambre lors d’un jeu avec TiteN… (nous avons eu quelques sacrés fous rires fort douloureux pour moi mais salvateur pour mon coeur), autant les visites avec mon beau-père furent beaucoup plus difficiles.

Les visites avec lui furent courtes… et surtout il ne fallait surtout pas que TiteN s’agite… et évidemment si TiteN commençait à bouger de trop, il fallait partir. Le 24, c’est son tour d’accompagner mon chéri et ma fille, j’arrive enfin à me lever, nous faisons même un petit tour jusqu’à la cafétéria de l’hôpital. Les antibios font effet, mon corps réussit enfin à combattre l’infection.

Mais TiteN commence à ne plus tenir en place. Il décide que ça suffit et de partir. TiteN s’accroche à moi, elle pleure, ne veut pas laisser sa maman qui va mieux, elle ne comprend pas que je doive rester encore un peu à l’hôpital. Elle hurle, la séparation me déchire le cœur.

Une quarantaine de minute plus tard, mon chéri m’appelle. Il est furieux. Son père a dit des mots terribles. TiteN a hurlé, pleuré et s’est débattue jusqu’à la voiture… a refusé de mettre son manteau alors qu’il fesait à peine 6°. Mon beau-père lui a dit qu’il ne savait pas tenir et faire obéir notre fille… qu’on l’élevait comme un enfant roi. Au lieu de l’aider, il l’a laissé galérer avec la petite qui hurlait, le sac à dos de jouets, le manteau etc… il a préféré ouvrir sa grande gueule sur notre manière de gérer notre fille plutôt que d’apporter son aide à son fils et à sa petite-fille.

Mon mari a serré les dents, il l’a laissé le reconduire chez nous et lui a laissé TiteN pour qu’il puisse ranger un peu à la maison, redescendre en pression. Et surtout pour m’appeler. Je sens mon mari dans une profonde colère… nous sommes le jour du reveillon de Noël et je l’entends fulminer contre son père. Je tente de l’apaiser avant qu’il aille réveillonner chez son père… j’y parviens presque et la soirée se passe apparemment sans trop d’encombre vu ce qu’il s’était passé quelques heures avant. Contrairement à mon beau-père, mon chéri sait se tenir et se mord la langue toute la soirée pour que ça se passe bien pour notre fille.

Je vous passe les détails de « mon réveillon » à l’hôpital, ce fût triste, sans âme, sans Noël quoi…

Le lendemain matin, j’assiste à l’ouverture des cadeaux du père Noël en visio, ma fille est aux anges, le vieux barbu l’a bien gâté… De mon côté, mon cadeau viendra du médecin qui m’annonce que je peux sortir. A midi, j’ai le feu vert, je me prépare, mon mari part de la maison pour venir me récupérer. Pendant ce temps, ma belle sœur, mon beau-père et mes parents gèrent la maison, la table de Noël, le repas et TiteN.

Je suis heureuse de rentrer… de serrer ma fille dans mes bras, c’est Noël, nous sommes réunis. Bien qu’epuisée, j’arrive à profiter de ma fille et du tourbillon de cette journée… Nous offrons les quelques (bons) chocolat que nous avions pu acheter la semaine précédente… pour marquer le coup. J’explique que nous nous rattraperons plus tard, que je n’ai pas pu faire ce que j’avais prévu, je voulais préparer des gourmandises à offrir. Personne n’a l’air de nous en vouloir, vu les circonstances. Seul mon père a un « vrai » cadeau, acheté bien avant tout cela. Je ne remarque bien sûr pas qu’il y a un malaise du côté de mon beau-père.

Le lendemain, coup de fil de mon beau-père. Je décroche… il demande comment ça va… et là, la phrase qui va faire déborder un vase déjà bien plein… mon beau-père me demande pourquoi JE lui ai offert que 4 petits chocolats. Il me dit même que JE lui ai offert un moins beau cadeau que sa femme de ménage…

But… what the fuck ?

Les bras m’en tombent… donc j’ai au téléphone un homme de 67 ans, père de mon mari, grand-père de mes enfants… qui a assisté une semaine avant à l’enterrement de mon fils… son petit-fils… qui l’a même vu au funérarium, qui a vu notre douleur… qui me demande pourquoi il a eu un petit cadeau à Noël ?

But what ?

Et me voilà, abasourdie, même sonnée par ce que je viens d’entendre, à devoir lui expliquer que j’ai été hospitalisé 10 jours, que j’avais prévu des choses mais qu’avec mon hospitalisation, je n’ai rien pu faire…

Je raccroche sous le choc… en colère, bouleversée par les paroles qu’il a prononcé, par ce manque de compassion et de retenue qu’il aurait dû avoir vu tout ce qu’il venait de se passer, par cette indélicatesse ultime. Il y a comme une cassure qui se produit. Le lien qui existait avec lui se rompt.

Je raconte ça à mon mari qui voit rouge. Il le rappelle, lui passe un savon, mon beau-père le prend mal. ça chauffe vraiment au téléphone…

De rage, et pour qu’il « ait un cadeau », il lui commande et fait livrer un livre « travailler son empathie »… un truc du style… Évidemment à la réception de celui ci, mon beau-père le prend très mal. Il enverra un sms long comme le bras à mon mari, le 2 janvier, en s’excusant… enfin sur les 3 premières lignes du sms. Ensuite, il lui a fait tout un laïus sur sa situation, sa santé précaire (il a eu un cancer lymphatique l’année dernière)… mais putain si tous les mecs qui avaient un cancer se remettaient comme lui, y’aurait moins de monde dans les services d’oncologie, croyez moi… Il lui dit aussi qu’il pleure tous les jours sa femme morte il y a 5 ans… Mais What The Fuck ?

Mon mari ne lui répond pas tout de suite… il se dit qu’il va falloir qu’il ait une discussion avec lui. Celle ci aura lieu quelques jours plus tard. Il est allé chez lui, ils ont discuté 2 bonnes heures. Mon mari lui a dit tout ce qu’il avait sur le cœur… Ils se sont pardonnés. C’était courant janvier…

De mon côté, j’attends toujours des excuses… le temps a filé, j’ai repris le travail courant février, nous avons été très entouré par nos amis, nous avons vu des gens qui nous faisaient du bien. Fin février, nous avons fêté les 40 ans du chéri de ma jolie sœur, avec famille et amis… il était là, j’ai tout fait pour ne pas être en contact avec lui ce week-end là.

Puis le confinement est arrivé, sans qu’il ne se soit excusé auprès de moi, sans que nous ayons pu avoir une discussion. Mon chéri me dit qu’il faut que je fasse le premier pas pour avoir cette discussion, mais je n’ai pas envie… plus le temps passe, plus cette colère grandit en moi, plus l’animosité grandit… plus me retrouver en sa présence m’insupporte, m’angoisse… comment me comporter avec cet homme qui a oublié en une semaine que son petit-fils était mort, qui n’a pas eu la décence de se dire que nous avions eu peut-être d’autres chats à fouetter que de lui acheter un cadeau de Noël… qui n’a pas respecté mon chagrin, qui a mis en avant son chagrin, mettant le nôtre au second plan…

Mon cœur est en charpie, je pleure presque chaque jour mon petit ange perdu… et lui vient me faire chier avec son cadeau qui n’était pas suffisant. Et en plus, il est vraiment sérieux…

Durant la fameuse discussion, il a même reproché à mon mari le fait que nous ayons choisi de mettre une plaque sur la tombe de notre fils en notre nom et celui de notre fille. Il avait imaginé qu’on choisirait une plaque commune avec lui et ma jolie sœur… mais depuis quand lorsqu’on perd un enfant, il faut justifier les choix fait pour la sépulture de celui ci ?

Qui a déjà vu une plaque mortuaire sur une tombe avec écrit « A notre fils, à mon frère, à mon petit-fils, à mon neveu »… sérieusement, vous l’avez déjà vu ça ? Hein… dites moi si vous l’avez déjà vu ça ? Moi… jamais je ne l’ai vu… en général les grands-parents font leurs plaques de leurs côtés… ou alors ils ne font rien. Et à quel moment, dans son esprit, il s’est dit que ça serait chouette de faire plaque commune ?

Je suis tellement en colère… en colère contre cet homme, qui entache ma peine, qui m’a appuyé un peu plus la tête sous l’eau alors que j’étais déjà presque noyée… Je suis putain d’en colère… J’ai envie de lui hurler au visage ma douleur, ma colère, l’incompréhension que j’ai ressenti ce jour là… j’ai envie de lui dire d’aller se faire foutre avec sa peine, envie de lui dire que sa femme, si elle n’avait pas été incinérée, elle se retournerai dans sa tombe en entendant les propos qu’il a eu à notre égard… d’ailleurs, si ma jolie maman avait encore été là, il n’aurait jamais eu ce comportement, elle l’aurait ramené sur terre.

Mon dieu que je suis en colère, il cristallise toute ma colère… comment pourrais je encore rester en sa présence en restant calme… en faisant semblant ? Je ne sais pas faire, je ne veux plus le faire. Ce week-end, nous devons fêter la fête des pères avec lui, je le vois déjà fanfaronner, remercier pour ses cadeaux de « gentil » papa… vais-je réussir à me contenir ? Et surtout le faut il vraiment ?

Et bam…

Il y a des jours où on y pense pas forcément… où la douleur et la tristesse sont comme des tâches de fond sur un ordi (déformation professionnelle oblige…)

Et il y a des jours où ca (re)devient plus présent… comme hier…

Il y a eu ma fille juste avant le coucher… Celle à qui j’avais expliqué que l’amour d’une maman venait d’un petit bout de son cœur qu’on donne quand le bébé est dans le ventre… ces mots que j’avais utilisé seulement quelques jours avant… que j’ai réutilisé hier soir car elle voulait me donner un de ses jouets avant de dormir pour que je ne l’oublie pas… je lui dit donc que je n’ai pas besoin de son jouet pour penser à elle et là, elle me dit de le prendre pour penser à Bébé des étoiles… et bam… et de lui réexpliquer pour le petit bout de cœur… et d’un coup, son visage qui se ferme et là, elle me dit « Mais moi je lui ai pas donné de mon coeur… ». J’essaie tant bien que mal de lui expliquer qu’ils partagent tous les 2 un bout de mon cœur… et elle me dit « tu peux m’en redonner ». Je fais donc mine de prendre un bout de mon cœur et lui donne… son visage s’est illuminé d’un sourire et elle est retournée se coucher comme si elle tenait le plus précieux des trésors contre elle… pffiouuuu…

Et puis… au moment de me coucher… ce moment où le vague à l’âme est plus fort, où la tristesse monte comme un fleuve en crue. Et là, ça me submerge, ça m’englobe, ça emporte tout…

Et ce phare dans la tempête… ses bras à lui, mon roc ! Il me prend dans ses bras… malgré l’heure tardive, il me pose des bisous sur les cheveux, il me laisse pleurer, il me caresse les cheveux… et il attend patiemment que les larmes cessent… que le calme revienne… que ça fasse un peu moins mal !

Un texte pour lui…

Cela peut paraître étrange mais j’ai eu l’idée de ce texte dans la journée où j’ai su que le coeur de LittleA avait cessé de battre.

Je crois que je l’ai écrit la nuit après l’accouchement…

Je l’ai écrit puis lu lors de la cérémonie religieuse que nous avons donné pour lui… je vous le partage :

« Je ne vous dirais pas que c’est douloureux…
Je ne vous dirais pas que j’ai le cœur en miette…
Je ne vous dirais pas que c’est injuste et que je suis en colère…
Vous devez vous doutez de tout cela…

Je ne peux vous parler de qui il était, de ce qu’il a fait.
Je ne peux vous dire qu’il était formidable, aimant, bon pour les autres…
Car il n’en aura pas eu le temps…

Je peux vous dire qu’il s’est battu, qu’il bougeait formidablement, qu’il y avait une force de vie dans ses mouvements qui était incroyable… comme s’il savait que ça ne durerait peut-être pas…

En revanche, ce que je veux vous dire… c’est que nous avons une chance incroyable…
la chance qu’il se soit installé dans mon ventre, la chance malgré tout de l’avoir connu…

Une autre chose que je veux vous dire, c’est aussi notre chance de vous avoir vous… tous…
Durant ce début de grossesse compliqué, vous avez été là, nombreux…
Et surtout durant ces derniers jours, depuis ce samedi soir, où le hasard a fait que nous n’étions pas seul à la maison, que nous avons pu sans souci laisser notre puce et partir aux urgences… depuis ce dimanche où nous avons diffusé la nouvelle de mon hospitalisation… et chaque jour depuis, votre présence, vos pensées, vos messages nous ont porté… Jeudi dernier, nous n’étions pas seuls dans cette salle, vous y étiez tous par le cœur et l’esprit. Ça nous a aidé, plus qu’aider même…

Alors Merci… du plus profond de mon cœur merci… Grâce à vous, j’ai l’impression que c’est moins lourd… « 

Le blog qui n’avait jamais aussi bien porté son nom

1 mois déjà que nos 3 jours terribles ont eu lieu… 1 mois que j’ai le ventre vide… à nouveau 😞

Ces 3 jours où tout a basculé, 3 jours où nous sommes passés d’un risque de grande prématurité à la mort de notre LittleA…

11 décembre : constat que le coeur de LittleA s’est arrêté… d’abord un monito silencieux, puis une écho où plus rien ne bouge…

12 décembre : transfusion sanguine, accouchement, retention du placenta, curetage foiré, anesthésie générale… rencontre avec mon trop petit ange…

13 décembre : cœur en miette, fucking placenta qui s’accroche à moi, douleurs, sang, transfusion, embolisation en urgence des veines utérines, morphine…

3 jours traumatisants où mon corps a subit tellement…

Il y a 1 mois, j’étais installé en salle d’accouchement, branché à la salvatrice péridurale, on m’avait transfusé 2 poches de sang, j’avais avalé les 3 premiers comprimés qui devaient provoquer les contractions pour que mon petit ange sorte, il faudra 2 autres prises à 3h d’intervalle pour qu’il sorte de son cocon qui aurait du le garder à l’abri pendant encore 4 mois… ou du moins encore un petit peu plus de temps.

Il y a 1 mois que mon cœur pleure chaque jour mon ange parti trop tôt… et que mon corps se remet de toutes ces actes médicaux qui m’ont empêché de m’occuper comme je l’aurais voulu de mon LittleA… je n’ai du passé qu’une demi-heure en tout est pour tout avec lui… et je ne l’ai eu que quelques instants dans les bras, j’avais si peur à ce moment là que son petit corps s’abîme que j’ai réduit ce temps que j’aurais du passé avec lui… mais l’obsession de ce moment là me laisse pleine de regret de ces moments où j’aurais pu l’avoir longuement contre moi… les seuls instants que j’aurais pu avoir avec lui, je me les suis refusé sans penser qu’il me serait impossible d’en avoir d’autres… une demi-heure pour l’éternité !

Et à présent mon ventre est vide, complètement… le placenta a fini par s’évacuer seul grâce à l’embolisation qui a permis qu’il se nécrose…

Ce ventre vide… de temps en temps, surtout quand je me couche, je le caresse encore, comme s’il était encore là… mon LittleA !

1 mois déjà… putain… 1 mois !

Clap de fin

L’histoire aurait pu être si belle… mais elle s’est transformée en cauchemar ce 11 décembre…

Ce 11 décembre 2019 où nous avons appris que le cœur de notre bébé miracle s’était arrêté de battre…

LittleA a rejoint les anges…

laissant un vide béant dans nos cœurs et dans mon ventre… 😔😔😔😔

Tout doucement…

Me revoilà à petits pas sur ce blog qui a recueilli tellement de mes états d’âmes au cours de notre parcours PMA qui a laissé tellement de traces indélébiles sur nos âmes…

Me revoilà sans faire de bruit… presque gênée, de peur de blesser.

Car notre vie a été bouleversé ces dernières semaines… car à petits pas, sans faire de bruits, la vie nous a offert un joli cadeau surprise… 4 ans presque jour pour jour après la naissance de notre TiteN, la vie a décidé d’installer dans mon ventre une deuxième petite merveille…

Nous, qui n’espèrions plus un bébé couette, et bien ça a été un bébé drap… enfin canicule ! Moi qui déteste la chaleur… j’ai été servie…

Prudence étant notre credo, j’ai tardé à en parler à mon homme… j’avais 15 jours de retard quand je lui ai enfin dit pour le retard de règles, nous étions encore en vacances, la veille de rentrer. Et en rentrant ce sont les mains tremblantes et le cœur qui battait la chamade que je suis allée acheter un test et que je l’ai fait… Quelques instants plus tard, 2 p*****s de barres se sont affichés devant mes yeux incrédules… c’était le 4 août…

Aujourd’hui, je suis donc enceinte d’un peu plus de 12 SA. L’écho T1 a été faite vendredi, un petit alien de 6cm de la tête aux fesses qui a donné un peu de fil à retordre à l’échographiste barbote dans mon ventre… c’est à la fois étrange et tellement fou ! Moi l’infertile qui tombe enceinte naturellement.

Mais comment on fait… comment on sait les dates précises de : conception, de DPA, d’écho… bref tout ce qui était totalement clair et net pour ma première grossesse, tout se fait à tatons pour celle-ci… c’est étrange… on ne sait pas faire. Comment on sait que ça va tenir sans progestan, sans aspegic nourrisson, sans 3 pds pour confirmer la hausse des BetaHCG… ça a été pour moi beaucoup beaucoup d’angoisse…

Le premier trimestre s’achève bientôt… et il semblerait que le rêve veuille continuer. Ce 1er trimestre n’aura pas été sans mal, des saignements angoissants comme pour TiteN mais là, pas de structure à proximité capable de me rassurer… ça a été difficile et ce n’est pas encore tout à fait fini… 😔

Il y a eu aussi les remarques… attendues… « ah ben vous voyez, c’est comme la belle sœur du beau-frère de la grand-mère du boulanger du village à gauche de la ville d’à côté… elle aussi le 2eme bébé, elle a pas eu besoin de refaire de fiv »… et la réponse n’a pu être plus clair que : « oui alors je t’arrête tout de suite… TiteN est née il y a 4 ans et j’ai pas repris de contraception… donc 1 grossesse en 4 ans, ça tient globalement du mega miracle » ! La tête des gens en face qui decouvre en effet que même si j’ai pu tombé enceinte, ça n’a quand même pas été tout seul… et que l’infertilité reste dans notre vie… voilà voilà… ! Mais c’est lassant car je vais sûrement en entendre d’autres… Bref on redira, on expliquera encore, je resterai toujours infertile dans ma tête et mon cœur… mais voilà les planètes se sont bien alignées cette fois ci, et nous avons la chance de (re)vivre l’attente d’un enfant, avec la joie d’entendre notre TiteN nous dire qu’elle va devenir grande sœur… et ça, ça n’a vraiment pas de prix !

Retour en PMA…

Faire la route vers le centre, se garer pour la première fois depuis 3 ans et demi dans le parking, reprendre l’ascenseur… et enfin franchir cette porte que je n’avais pas vu depuis si longtemps.

Rien n’a changé ou presque. Les fauteuils crapaud de la salle d’attente ont été remplacé par des chaises, ils devaient prendre trop de place. Le secrétariat a été réaménagé mais les secrétaires sont toujours les mêmes, gentils et douces, comme dans mon souvenir. Pendant que j’attends, l’une d’elle est au téléphone avec 1 patiente et lui donne les instructions pré ponction : gonal f 375 UI et orgalutran jusqu’à samedi, puis dimanche soir à 19h25 Ovitrelle, puis plus rien jusqu’à la ponction… on vous attend mardi matin à 6h45 ! Petit pincement et bouffée d’espoir pour cette patiente qui voit le bout de son protocole… Pffiouuu je me revoit, 4 ans en arrière !

Docteur Doudou est en retard, seulement d’un rendez vous… ça a été pire. La femme du couple qui passe avant moi est nerveuse… Leur rendez vous n’a pas duré très longtemps, sûrement un contrôle en cours de protocole.

C’est mon tour. Elle me fait un grand sourire…

– « Alors Madame S., comment ça va cette nouvelle vie ?

– Que du bonheur !

– TiteN a 2 ans et demi maintenant (et ça sans regarder son écran d’ordi, je siffle intérieurement… lol). »

Elle me parle aussi de nos pingouins.

Bref, elle a relu mon dossier avant et rien que pour ça, ça me fait plaisir d’avoir repris rendez vous avec elle.

On échange sur le pourquoi de mon rendez vous… faire un bilan sur mes cycles anarchiques, prévoir un transfert… Elle me dit qu’il faudrait que je perde 17kg, je m’en doutais, je lui dit que j’ai déjà entamé un suivi par un diététicien, qu’on va travailler sur mes tca. Elle me dit qu’un transfert en juin, ça serait bien, me fait les ordonnances pour les bilans, une ordonnance pour 6 mois de Duphaston et de Gynepharm… Elle me dit qu’on va refaire le 100%, elle me dirige vers sa secrétaire, qui refait le 100% en ligne (ça, ça a bien changé), je paie…

Et hop me voilà dehors, l’objectif de poids en tête, je me dis que ça va être chaud… mais que je l’ai déjà fait et que je le referais, pour l’espoir d’une nouvelle grossesse et l’espoir d’un nouveau bonheur…

Bref, j’ai fait mon retour en PMA 😉

Croisez les doigts pour moi… Je vais avoir besoin de vos soutiens 😘

2018…

Une nouvelle année s’est achevée, une belle année au côté de notre TiteN, une deuxième année dans notre maison… pleine de rire et de joie !

Mais… parce qu’il y a un mais, je me sens de plus en plus incomplète, je vais avoir 37 ans, c’est étrange, je n’aime pas ce chiffre, je ne veux pas les fêter comme je suis actuellement… Il faut que je réagisse !

Notre vie est belle au côté de notre puce mais l’ombre de l’infertilité plane toujours autour de nous. Je suis fille unique et je ne veux pas que ma fille le soit…

C’est con, mais notre maison a 3 chambres. Il y avait aussi 3 chambres chez mes parents, et cette 3eme chambre m’a servi tour à tour de salle de jeux puis de bureau… Et je ne veux pas que notre 3eme chambre serve à ça. Je veux qu’elle abrite un deuxième petit… Je veux qu’elle soit rempli de ses gazouillis, de ses pleurs (le moins possible), je veux que le berceau dans lequel j’ai dormi, où ma fille a dormi, serve à nouveau. Je veux que ma maison soit empli des rires de 2 enfants…

Alors j’ai déjà entrepris plusieurs choses… Déjà la perte de poids est démarré. Je suis suivi par un diététicien qui m’apprend à être bienveillante avec moi afin de me réconcilier avec mon corps et surtout apprendre à mieux gérer ma manière de me nourrir. Vaste chantier, j’ai beaucoup d’espoir dans son bienveillant suivi !

Et dernièrement, suite à un retard douloureux, j’ai enfin pris mon courage à deux mains et pris le 1er rendez vous de notre sûrement deuxième parcours PMA… J’ai peur, peur car depuis quelques mois, mes cycles sont un vaste bordel… des règles qui durent 10 jours, des cycles irréguliers, des mycoses… bref, plusieurs signes qui me font penser que ça n’est pas gagné.

Alors voilà c’est reparti. On repart sur le chemin pour, je l’espère, vivre au bout la deuxième plus belle rencontre de notre vie !

#Hope

D’une année à l’autre…

Décidément, il y a de drôle de coïncidence.

Cela fait 1 an tout juste que j’ai écrit mon dernier article et il était sur le même sujet que celui qui me fait revenir ici !

En fait je suis programmée pour avoir un retard de règles en janvier… 😝😝😝

Mais cette fois ci, ça fait bien plus mal que l’an passé… Dernière règles le 6 décembre, 6 janvier toujours rien. Bon le temps nous a appris à être prudent, je laisse donc passer le temps… pour voir… Et rien n’arrive, que dalle… Je commence à y croire, vraiment… mais je ne fais pas de test, l’expérience me fait dire qu’il ne faut pas en faire. Et j’ai bien fait, j’aurais encore dépenser 10€ pour rien puisque ces fucking reds se sont annoncés le 22 !

Déception, tristesse, colère… mes sentiments sont ceux que nous connaissons toutes, nous, les infertiles… DNLP se joue encore de moi.

Mais putain que ça fait mal.